Santé – Faut-il se méfier de nos vêtements ?

Ca ne vous a jamais interpellé qu’il soit indiqué sur nos vêtements « A laver avant de porter » ? Alors oui, il y a des normes d’hygiène, mais avouons-le, avant le Covid, porter un jean, porté quelques instants par une autre personne ne nous aurait pas fait encourir de grands risques pour notre santé … Alors pourquoi en est-il réellement fait mention ?

Quand on s’intéresse au secteur textile conventionnel (soit 90% du marché des vêtements) d’un peu plus près, on observe rapidement que :

  • c’est une industrie polluante ;
  • la plupart des vêtements sont réalisés dans des conditions sociales affligeantes, comme en a témoigné l’effondrement du Rana Plaza en 2013.

Et c’est vrai, on pense moins à l’impact que peuvent avoir les vêtements sur notre santé.

Pourtant, se pourrait-il qu’on doive finalement s’en méfier ?

Dans le reportage Du poison dans nos vêtements, on rencontre Rita Lemoine qui a eu une réaction cutanée spectaculaire et des paralysies musculaires suite au port de chaussures Mellow Yellow. Les médecins ont d’abord pensé à des champignons puis ont finalement trouvé que la cause de ses maux étaient liés à du diméthylfumarate (DMFU), un fongicide anti-moisissures dont l’utilisation n’a jamais été autorisée en Europe. Pourtant il y en avait dans ses chaussures. Celui-ci venait du sachet anti-humidité placé dans le carton de chaussures. Elle n’est pas un cas isolé et des centaines de cas similaires ont eu lieu en France, la plupart du temps après l’achat de chaussures neuves. Une surveillance au niveau Européen a été mis en place avec des tests de toxicité nécessitant la vigilance accrue des Etats et de remonter chaque produit douteux. On apprend toutefois que la marque Deichmann aurait vendu 18 000 paires de chaussures contaminées avant de les retirer de la circulation.

Les intrants chimiques sur la chaine de production

Plus de 200 substances toxiques dans nos vêtements

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On parle ici de dychlorométhane, formaldéhydes, résines synthétiques, métaux lourds, … des substances toxiques, nocives et cancérigènes.

Si on remonte la chaine, les premiers touchés sont les producteurs de matières premières. En effet, la plupart des matières naturelles conventionnelles sont cultivées à base de pesticides et insecticides. Pour rappel, le coton c’est 4% des terres cultivables mondiales mais 16% des insecticides de la planète.

Mais ça ne s’arrête pas là. Dans les teintureries, les ouvriers manipulent les teintures à main nue, parfois à moitié immergés dans les bains de teintures. Au bout de quelques mois des symptômes apparaissent. D’abord c’est simplement les poils qui tombent, puis des douleurs généralisées et finalement des cancers. A Tirupur en Inde, ou on compte un nombre important de teintureries, le nombre de cancers a doublé sur les 10 dernières années.

En 2010, une explosion a eu lieu dans l’usine Garib and Garib au Bengladesh. Les causes exactes de l’accident n’ont jamais été démontrées mais 21 ouvriers sont morts suite à l’inhalation de produits toxiques. L’acrylique, par exemple, libère de la dioxine quand elle s’enflamme, un poison mortel. Quelques semaines après, une même explosion a eu lieu chez Apex, aucune enquête n’a été menée. Quelques jours après, l’usine a repris son cours normal, les ouvriers ont simplement été remplacés.

De nombreux accidents mortels ont lieu chaque année. Cependant, les dégâts humains ne sont pas assez colossaux pour qu’on en parle. Il a fallu attendre 2013 et l’effondrement du Rana Plaza pour que la communauté internationale se tourne vers ces pays là et prennent conscience de ce qu’il se passait. Mais 8 ans après, qu’est-ce qui a réellement changé ?

Le marché du cuir

Si on regarde le marché cuir, ce n’est pas plus brillant. Il y a une dizaine d’années, le marché était largement dominé par la Chine qui n’arrivait plus à fournir le marché mondial. C’est donc naturellement vers le Bangladesh que le monde s’est tourné ; un pays où le cuir de vachette est en abondance. A cela s’ajoute une main d’oeuvre plus que bon marché : on peut dire que c’est un combo gagnant !

Mais malheureusement pas gagnant pour tout le monde, puisque sur place, les normes de sécurité sont réellement insuffisantes. Les travailleurs sont exposés sans protections à plusieurs centaines de produits chimiques. Les tanneries ont recours au sel de Chrome pour tanner les peaux. Utilisé à très haute température il peut se transformer en chrome VI, une substance toxique et cancérigène.

Ces tanneries utilisent également :

  • des substances organiques chlorés qui s’attaquent aux voies respiratoires mais nécessaires pour exporter ;
  • de l’oxyde d’éthylène, un solvant qui commence par donner la nausée et des maux de tête et qui s’attaque au patrimoine génétique sur le long terme ;
  • des colles chimiques, composées de toluène notamment.

Ces produits sont reversés dans l’environnement sans traitement. Derrière aucun contrôle des substances toxiques contenues dans ces produits ne sera fait.

L’importation cachée des produits chimiques

La contamination des travailleurs ne s’arrêtent pas là. En effet, il serait candide de penser que ces substances s’évaporent à la porte de l’Europe (c’est comme Tchernobyl cette histoire…).

Enfermées dans des conteneurs ces substances débarquent chez nous. D’après la médecine du travail environ la moitié des conteneurs provenant d’Asie (chiffre datant de 2012) sont contaminés par des substances chlorées. Des contrôles sont réalisés à la douane mais de façon aléatoire uniquement.

Dans les années 2010, des ouvriers d’H&M travaillant dans les entrepôts détectent des colis dégageant une odeur inquiétante. Quelques jours plus tard 70% d’entre eux se plaignent de douleurs résultant d’un empoisonnement. Le syndicat Verdi a manifesté et obtenu une réglementation chez H&M. Désormais, à réception, les ouvriers dans les entrepôts signalent si un carton sent vraiment mauvais. Si c’est le cas, on l’écarte et on isole également le reste de la cargaison pour éviter toute contamination. Evidemment, les cartons en question avaient été déballés et mis en rayon… Qu’en est-il des autres cartons de d’autres enseignes ? Et de ceux qui n’ont pas « d’odeur » ?

Frauke Driessen, a repassé pendant dix ans des jeans pour la marque de prêt-à-porter Esprit. Elle est tombée malade et on a retrouvé dans son sang la présence de dichlorométhane, substance cancérigène également présente dans son usine. Pourtant, elle n’a pas été reconnue comme maladie liée au travail.

Les risques pour les acheteurs

Vous l’avez sans doute compris, si les substances arrivent dans les entrepôts, elles arrivent évidemment dans nos penderies. Pourtant, aujourd’hui, aucune enseigne n’est tenue d’indiquer les substances utilisées sur les étiquettes.

Toujours dans le reportage Du poison dans nos vêtements, le responsable d’une usine de teinture en Asie explique que le coton bio a le vent en poupe (à noter qu’il ne représente encore que 1% des cultures de coton, m’enfin là n’est pas le sujet…) et est meilleur pour la santé. Par contre, précise t’il, les teintures qu’il appliquent sont les mêmes que sur du coton conventionnel ! Ce que veulent les marques européennes c’est pouvoir indiquer « Coton Bio » et puis dit-il en rigolant, « l’important c’est de gagner de l’argent »… Ces teintures chimiques à bas coûts permettent d’expliquer les lignes en coton bio à des prix défiants toute concurrence (cc les lignes Conscious d’H&M, Commited de Mango, ect.). C’est de « la manipulation et de la séduction », selon Audrey Millet, auteure du Livre noire de la mode.

Une chose est sure, c’est que plus la couleur est soutenue (noire, rouge, fluo, plus la teinture et les produits chimiques utilisés sont agressifs.

Si on reprend l’exemple de l’allergie de Rita Lemoine présentée en introduction, il y a quand même un point inquiétant à soulever. Quand on fait une réaction allergique c’est suite au contact prolongé avec une substance. C’est à dire, dans le cas de Rita Lemoine, que son corps avait absorbé suffisamment de cette substance pour ne plus la supporter.

Alors laissons-nous également ces produits chimiques s’accumuler dans notre corps ou essayons-nous de réagir avant ?

Les bonnes pratiques :

  • Eviter les vêtements fluos ou noir – qui nécessitent de nombreux produits chimiques pour assurer la tenue de la couleur ;
  • Eviter les vêtements aux propriétés anti-odeur, anti-transpirantes, infroissables, etc. ;
  • Se méfier des mentions fibres naturelles et de la mention matières premières bios en grosses lettres vertes – Qu’en est-il des colorants utilisés ? Et les produits chimiques ?
  • Privilégier les labels GOTS, Oekotex ou Bluesign.

Pour aller plus loin :

 

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