La réalité derrière le Made In

Made In France, Made In Europe, il est de plus en plus courant de voir fleurir ces mentions sur nos étiquettes. L’indication de l’origine est encore facultative mais les marques ont bien compris que les consommateurs y sont de plus en plus sensibilisés. Prenons le Made In France par exemple : 3 français sur 4 seraient prêts à payer plus cher pour un vêtement Made In France. De quoi donner envie aux marques de s’y mettre. Ou du moins de vous le faire penser.

Made In France ou Made In Europe, forcément une bonne idée ?

Comment obtient-on la mention Made In France ?

La DGDDI (Direction Générale des Douanes et Droits Indirects) nous dit que le produit doit soit :

  • afficher une codification douanière différente de celle de ses matières premières et composants non français ;
  • respecter un seuil maximum de valeur de ses matières premières et composants non français (maximum 45%) par rapport à son prix (et si les 55% restant servent à financer les coûts support dont le marketing, le transport et la marge des marques et des distributeurs, le considérez-vous comme français ?);
  • avoir fait l’objet en France de certaines opérations de transformation à partir des matières premières et composants non français (comme dorer des bijoux importés en France par exemple).

Un t-shirt réalisé à l’autre bout du monde avec une petite broderie faite en France peut donc bénéficier de cette mention. On comprend donc bien ici que la mention Made In France est bien loin de garantir un approvisionnement et une production totalement française.

Certains petits filous essaient même de nous tromper avec des drapeaux tricolores ou des mentions quasi identiques « Designed in France », « Fabrication française », « Qualité française », etc.

Made In Europe, une garantie clé ?

We Dress Fair

Le reportage d’Arte « Les dessous de la mode à bas prix » sorti en mars 2021 montre bien les dérives de la production européenne. En effet, les journalistes ont infiltré une usine de Leicester en Angleterre, devenue le nouvel eldorado des marques. Il ne faut pas plus de 12 jours à partir de la commande pour que la marque voit sa production livrée. Les travailleurs, issus pour la plupart de l’immigration, travaillent pour 3 pounds de l’heure (soit moins que la moitié du salaire minimal), sans contrat ni protection sociale, dans des lieux qui frôlent l’insalubrité. Le reportage inculpe notamment la marque Pretty Little Thing dont la fortune de son fondateur, Umar Kamani, dépasse le milliard…

Autre exemple, l’Organisation Fair Wear Foundation travaille au respect des normes du travail et son intervention est loin de se limiter aux pays émergents, puisqu’elle est présente également en Macédoine du Nord, en Bulgarie, en Turquie et en Roumanie. En effet, dû à la hausse progressive des coûts de production en Asie, de nombreuses entreprises re-localisent leur production en Europe de l’Est.

Les problématiques peuvent être différentes de celles connues en Asie. En Macédoine, par exemple, la main d’oeuvre textile est âgée, les jeunes générations se tournant vers des métiers mieux payés. Les enjeux de la Macédoine et de la Roumanie sont le manque d’application du code du travail et l’incapacité de se syndicaliser, leur liberté d’expression étant bafouée. En Bulgarie, c’est plutôt sur le nombre d’heures travaillées que la Fair Wear Foundation intervient. Les heures supplémentaires étant monnaie courante et le plus souvent non compensées.

Made In Asia, à bannir ?

Quand on voit Made In Bangladesh ou Made In India on imagine immédiatement le pire. Des conditions désastreuses, du travail forcé proche de l’esclavagisme, du travail d’enfants, des abus sexuel, et j’en passe. (Ici pour un article sur les limites de la fast-fashion)

L’effondrement du Rana Plaza en 2013, qui a fait plus de 1100 morts, a mis sur le devant de la scène les conditions de travail dans les usines textiles en Asie, découlant sur une prise de conscience chez de nombreux consommateurs de ce que l’industrie textile avait voulu enfouir pendant des années : le revers de nos vêtements.

Cependant, comme précisé plus haut, des conditions et problématiques similaires peuvent se retrouver même en Europe.

En choisissant des marques labellisées Fair Wear Foundation ou Fair Trade Certified, on est sûrs que les travailleurs gagnent leur vie décemment, peuvent défendre leurs droits et travaillent dans de bonnes conditions. Plus la demande pour de telles marques sera soutenue, plus le nombre de travailleurs pouvant travailler dans des usines répondant à ces normes augmentera.

Le lieu de production, un choix cornélien

L’ambition de toute marque éthique : produire en France. En effet, quand on veut faire les choses bien, la question de la production locale intervient forcément. Elle peut être motivée par la réduction de transport, la proximité des matières premières, l’assurance du respect des travailleurs, etc.

Cependant, il est très compliqué aujourd’hui pour une marque de faire les choses parfaitement : utiliser des matières naturelles et biologiques qui ne pollueront pas tout au long de leur cycle de vie, produire dans des usines certifiées, à deux pas des consommateurs et dans des quantités limitées – soit par conviction, soit parce que la marque est au début de l’aventure, et que si elle ne veut pas se retrouver avec des invendus elle doit maîtriser sa production. Tout ça évidemment, à un prix que les consommateurs sont prêts à payer. Certaines marques y arrivent, c’est le cas par exemple de 1083, qui a été le premier à re-localiser la production du denim français en rachetant une usine textile, mais pour la plupart c’est compliqué.

La fondatrice de la marque de maillots de bain Posidonie, Lauren Peuch, affiche clairement sur son site travailler en parallèle dans la tech pour s’autofinancer et développer sa marque.

Les garanties de provenance auxquelles on peut se fier

Made In France

Origine France Garantie : Ce label garantit que plus de 50% du prix de revient doit être français (prend en compte les coûts de R&D mais pas de commercialisation). Contrairement au Made In France, il n’est pas auto-déclaratif et soumis à de fréquents audits.

EPV : Entreprise du Patrimoine Vivant. Ce label attribué par le Ministère de l’Economie et des Finances a pour but de valoriser le savoir-faire français.

Autre

Fair Wear Foundation : attribué par un organisme indépendant, permet d’assurer le respect de 8 fondamentaux inspirés du code du travail de l’OIT et de la déclaration internationale des droits de l’Homme. Le versement d’un salaire vital (souvent supérieur au salaire minimal), les conditions de travail, les horaires sont, entre autres, passés à la loupe. Seul bémol, les entreprises peuvent tendre vers le versement d’un salaire vital mais que ce ne soit pas encore le cas lorsqu’elles obtiennent le label.

Fair Trade Certified : label de commerce équitable s’adressant aux travailleurs du textile. Est inclus un volet social (dont le versement d’un salaire vital), environnemental et sur la transparence de la chaine d’approvisionnement.

WTFO : label de commerce équitable encadrant de la récolte au produit fini. Il certifie la marque et encadre entre autres, le paiement d’un salaire minimum légal (peut être en deçà du salaire minimum vital), les conditions de travail, l’absence de travail forcé ou d’emploi d’enfants, etc.

SA8000 : norme internationale de certification des usines qui encourage les organisations à développer, maintenir et adopter des pratiques socialement acceptables en milieu de travail. L’aspect écologique n’est pas pris en compte. Cette certification ne vient pas de la marque et ne garantit donc pas que le produit répond aux normes du commerce éthique dans sa globalité.

La transparence des marques : Une marque éthique, c’est avant tout une marque qui dit les choses, assume ses forces et ses faiblesses. Aussi, à partir du moment où la marque est dans cette démarche et tend vers le mieux, même si cela lui prend du temps, je suis intimement convaincue qu’il faut la soutenir.

On peut également utiliser des applications comme Viji ou Clear Fashion App qui travaillent sur la traçabilité des vêtements et permettent plus de transparence pour nous, consommateurs.

Sources :

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1 commentaire

  1. […] pour quel salaire ? Les enjeux et risques liés aux étapes de confection diffèrent selon le pays. Ici pour un article sur le Made […]

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