Les dessous du recyclage textile

Le recyclage textile ne date pas d’hier. Au XIXème, on voit déjà des prémices du recyclage. En effet, la dernière campagne napoléonienne provoque des pénuries de laine vierge. Les fibres de laine sont alors transformées en nouveaux fils.
Mais alors, qu’en est-il aujourd’hui ? Où en est la filière du recyclage ? Et surtout, qu’arrive-t-il aux vêtements que l’on dépose dans des points de collecte ?

C’est quoi un déchet textile ?

On distingue les déchets de pré-consommation, c’est à dire les chutes de tissus, qui sont très faciles à recycler car en parfait état et en fibres non mélangées.
Les déchets post-consommation, quant à eux, sont plus difficiles à recycler car souvent en moins bon état et pour la plupart constitués de fibres mélangées. La recherche se concentrent aujourd’hui sur ce deuxième type de déchets.

Le processus du recyclage

SRCE

En fin de vie (ou parce qu’on s’en est lassé), le textile est, dans le meilleur des cas, remis à une association ou dans un point de collecte de vêtements type Le Relais ou Emmaüs en France. On estime, que seul 32,5% des vêtements mis sur le marché sont collectés en fin de vie.

Les vêtements collectés seront, par la suite, triés. Une partie des vêtements en bon état ira à des associations caritatives dans le pays de collecte, les vêtements de moins bonne qualité seront envoyés vers l’Afrique (vendu par balles) et c’est seulement si le vêtement est sale et usagé, qu’il sera orienté vers le circuit du recyclage. En Allemagne, par exemple, 1 million de tonnes de vêtements sont collectés chaque année mais les associations caritatives n’en utilisent que 10%. 1/3 vêtements jetés à travers le monde finissent exportés vers l’Afrique.

Les usines de recyclage récupèrent les vêtements d’occasion, les trient en fonction de la couleur et de la teneur en fibres, réduisent mécaniquement les articles à l’état de fibres puis les retraitent pour en faire de nouveaux fils et des produits finis.
Les 3 principales zones de recyclage sont Prato en Italie, Dewsburry au UK et Panipat en Inde.
Des lois existent pour encadrer le marché du recyclage. En France, par exemple, un textile non souillé est soit valorisé ou, si c’est impossible, il est incinéré. Les textiles souillés sont d’abord lavés à très haute température avant de retrouver la voie des textiles non souillés. Cependant, la filière du recyclage n’est pas employée de manière systématique.
Les acteurs du recyclage textile vendent également à des entrepreneurs étrangers – cela leur revient moins cher puisque le textile est vendu tel quel.
1/4 des vêtements seraient recyclés mais beaucoup sont très abimés et vont servir à réaliser du linge de maison bas de gamme, des essuie-glaces ou pour d’autres industries (isolation, etc.). Moins de 1% des textiles sont véritablement recyclés en nouveaux articles selon la fondation Ellen MacArthur.

L’essor de la seconde main

Chaussette orpheline
Même si, chez nous, la seconde main est vue comme très bénéfique et a le vent en poupe, pour les textiles envoyés en Afrique, c’est une autre histoire. Là-bas, la seconde main est devenu un réel business. Les prix fluctuent selon la rareté de la pièce, le moment de la vente (en début ou fin de mois), la typologie de produits : les vêtements pour hommes, par exemple, sont chers et plus rares que ceux des femmes. Pourquoi ? Les femmes occidentales jettent 2 à 3 fois plus d’habits que les hommes, et souvent dans de très bon état (90%). A l’inverse, les hommes, jettent très peu et souvent quand le vêtement est abimé. Les prix des vêtements masculins sont donc bien supérieurs au prix des vêtements féminins et souvent l’offre est bien inférieure à la demande.
Au delà de l’aspect écologique (on parle quand même d’un vêtement dont la matière a poussé en Inde, cousu en Chine, vendu en Europe et renvoyé en Afrique…), cet essor de la seconde main a un impact social. Certains pays ont interdit l’importation de vêtements européens car cela tue le commerce local. Cependant, dû à un manque de régulation des autorités ou aux failles dans les relations internationales entre pays industrialisés et pays en développement, c’est au marché noir que cela profite, notamment en palliant le manque de vêtements sur le marché local.
Sur place, ces vêtements peu couteux (1 jean vendu 1€ sur un marché togolais vs. 1 jean vendu à 20€ issu du commerce local), rivalisent totalement avec l’économie locale, puisque les populations n’ont pas forcément les moyens de consacrer une part plus importante de leur budget à l’achat textile. Également, acquérir des baskets Nike, un sweat Adidas, ou des pièces d’autres marques mondialement reconnus est un signe de distinction et de réussite sociale.
On ne parle pas, ici, d’un petit business puisqu’il représenterait plus de 500 000 tonnes exportées depuis les US (6ème plus grande source d’exportation du pays) en Afrique tous les ans. Les Britanniques, quant à eux, enverraient 320 000 tonnes en Inde chaque année.
Evidemment pour les invendus, c’est donc à ces pays de s’en occuper. Beaucoup finissent donc en décharge à ciel ouvert…

Les dérives des marques

 

Si on regarde plus en amont, c’est finalement toute la filière textile qui est gangrenée. En effet, avec l’essor de la fast-fashion, ou « mode jetable », les marques ont choisi la quantité à la qualité. Les vêtements que nous achetons sont conçus pour n’être portés que quelque fois avant d’être jetés. Et ici, s’ils ne sont pas sales, ni troués mais juste de piètre qualité, je pense que vous avez compris à quelle sauce ils allaient être mangés.
Les britanniques sont les champions de la mode jetable ! Chaque habitant jetterait 26,7kg – soit 16 jeans & 40 t-shirts – de vêtements par an. On parle de 38 millions de vêtements neufs achetés chaque semaine pour 11 millions jetés, ce qui représenterait 140 millions de livres sterling par an… Ce sont 16kg par an pour les allemands et les américains, 14,5kg pour les italiens et 9kg pour les français. Pas de quoi se réjouir ici, la moyenne mondiale est à 5kg…
Selon l’Environnemental Protection Agency, les déchets textiles, eux, ont augmenté de 811% entre 1960 et 2015 …
Egalement, pendant longtemps, les acteurs de la mode ont cherché à détruire leurs invendus : en les brûlant, en les lacérant, etc. Le but, ne pas donner, au risque de faire perdre de la valeur au produit.
On retiendra, ici, H&M accusé d’avoir brûlé 12 tonnes d’invendus par an depuis 2013, Célio qui a lacéré et jeté des vêtements ou encore Burberry qui a intentionnellement fait partir en fumée 31 millions de ces produits en 2017 (ie. 20 000 trenchs iconiques et plusieurs millions d’euros de cosmétiques et de parfums)… Fort heureusement, sous la pression médiatique ces marques, commencent à être obligées de changer.
A partir de 2022, les producteurs, importateurs et distributeurs de produits non alimentaires seront obligés de recycler ou de donner leurs invendus neufs sous peine d’une sanction financière. Peut-être cela les poussera-t-ils à mieux gérer leurs stocks et à diminuer le nombre de collections annuelles ?

La solution ?

Il n’y a pas de solution miracle, si ce n’est de pas acheter sans réfléchir. En effet, si on reprend les chiffres cités plus haut, si nous, français, jetons individuellement 9kg de vêtements par an, c’est qu’il y a un problème et comme vous l’avez compris, on ne peut pas se dédouaner en se disant que ce textile sera réemployé… Alors soit on ne connait pas suffisamment nos goûts ou les formes qui nous conviennent, soit les marques ont réussi à nous faire croire qu’acheter un t-shirt moins cher que le prix d’un sandwich était normal. Il est banal de s’en débarrasser quelques mois après, puisque la mode (toujours dictée par ces mêmes marques hein…) évolue et qu’il faut toujours être à la pointe !
La solution ? Consommer en pleine conscience. C’est à dire réfléchir ces achats. Ne pas se laisser avoir par la publicité. Privilégier la seconde main. Réapprendre la vraie valeur des vêtements. C’est sûr qu’en payant son jean 100€, on ne pourra pas s’en acheter 3 dans l’année, mais en fait… a-t-on vraiment besoin des 3 ? N’est-il pas plus important de savoir que ce jean a été conçu pour durer, réalisé dans de belles matières et a respecté tout au long de sa production la planète et l’humain ?

Sources :

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