La soie, une fibre pas si écologique et éthique ?

Soie

Si la soie est si convoitée, c’est grâce à son exceptionnel aspect scintillant. Les étoffes les plus anciennes datent de 6500 avant JC. Elle est à l’origine de somptueuses robes de mariée ou de soirée, de linge de maison, ou de vêtements hauts de gamme. Moins connu, elle sert également à faire des toiles de parachute et même des points de suture. 

Cette matière d’exception a vu sa demande considérablement augmenter dans l’industrie textile et elle est devenue plus accessible au fil du temps. La production a bondi de 100% ces 30 dernières années. La domestication des vers à soie a poursuivi son industrialisation par la même occasion : aujourd’hui on estime à 10% le volume de soie sauvage dans la production mondiale de soie, le reste étant produit dans des fermes de sériciculture. Les principaux pays producteurs se trouvent en Asie : la Chine et l’Inde produisent les volumes les plus importants. 

La soie est un tissu léger et est entièrement biodégradable si elle n’a pas subi de traitements chimiques. Avec des volumes de production toujours plus importants, il semble opportun de se demander ce qu’il se cache derrière la production de la soie…

Vers à soie

Des procédés de production bien loin du “cruelty-free”

Dans le cas de la production domestique au sein de fermes de sériciculture – et donc la majorité de la production mondiale – les larves sont chouchoutées et nourries abondamment, afin d’assurer leur croissance. Au bout d’une trentaine de jours, elles se tissent un cocon en produisant un unique fil de soie. Elles devraient naturellement y rester jusqu’à éclore de leur cocon au bout de quelques jours en déployant leurs ailes de papillon. Malheureusement, le cocon serait ainsi cassé et le fil de soie ne pourrait être récupéré. C’est pourquoi, afin d’extraire le fil de soie, les cocons sont plongés dans de l’eau bouillante avant leur éclosion (technique de l’étouffage), tuant par la même occasion le vers. Le fil est extrait, enroulé, éventuellement teint puis tissé. 

A l’inverse, la récolte de soie sauvage consiste à récupérer les cocons d’espèces non-domestiquées après leur éclosion. Il n’y a donc pas d’étouffage. Les tissus en soie sauvage sont plus rugueux et irréguliers. 

Alors que l’on pourrait tenter de se tourner vers la récolte des fils de soie à l’état sauvage, la déforestation et le changement climatique mettent en péril la survie des vers à soie dans leur environnement. Avec une population sauvage en baisse, il devient de plus en plus difficile de trouver de la soie sauvage. 

Une production qui s’est élargie, loin d’être écologique 

Les vers à soie sont nourris de feuilles de mûrier. Les larves en sont extrêmement gourmandes. Des importations massives de feuilles de mûriers sont ainsi prévues par les pays producteurs de soie lorsqu’ils n’en ont pas assez sur leur sol. L’utilisation de pesticides pour les faire pousser est parfois utilisée, mettant en péril le bienfait écologique de la production de soie – une matière pourtant naturelle. Des hormones sont parfois intégrées au régime alimentaire des vers à soie afin de maximiser la production de fil de soie. 

Des conditions de travail éreintantes pour les éleveurs et une perte de revenus due à la crise du Covid-19

L’élevage des vers à soie est exigeant. Lorsque les larves grandissent, elles atteignent 70 fois leur taille initiale, et les fermiers doivent constamment s’assurer qu’elles ne manquent pas de feuilles pour s’alimenter et qu’elles survivent. En plus de cela, des rapports du Human Rights Watch et du US Labor Department dénoncent des pratiques malveillantes (travail forcé et retards de paiements aux travailleurs en Ouzbékistan, travail des enfants en Inde).

Les pays producteurs subissent également la crise ayant touché l’industrie textile en 2020. Le déclin brutal des ventes de leurs stocks de soie à entrainé de grandes pertes de revenus. En Inde, le New Indian Express évalue à la moitié de la production du district d’Ananatapur et de Chittor qui n’ont pu être vendus. 

Un produit dont l’empreinte écologique s’alourdit tout au long de son cycle de vie

La soie est très fragile et requiert un entretien irréprochable. Elle ne peut pas être repassée, et doit éviter l’exposition au soleil. Il est souvent recommandé d’effectuer un lavage à sec. Les lavages à sec utilisent des hydrocarbures chlorés et notamment le perchloroéthylène (classé comme “nuisible à la santé” et “dangereux pour l’environnement” par l’Union Européenne). 

Heureusement, des solutions existent : 

  • Le label GOTS permet de reconnaître la soie biologique. Il garantit que les vers à soie ont été nourris de feuilles de mûriers biologiques et que ni insecticides ni pesticides n’ont été utilisés. 
  • La soie de la paix “Peace Silk”, aussi appelé “Eri” ou “Ahimsa”, désigne la soie issue de cocons dont on aura laissé éclore naturellement les vers. Cette méthode est beaucoup plus lente que la soie traditionnelle, et les fils tendent à être plus difficiles à tisser et moins résistants. En conséquence, il est plus difficile de trouver ce type de soie. Camille Jaillant, à travers sa marque Olistic the label propose des vêtements 100% soie de la paix, produite par des communautés de femmes. La fondatrice nous en parle dans l’épisode du podcast Nouveau Modèle du 3 février 2021

Zoom sur les alternatives à la soie

  • La soie issue de la toile d’araignée ! Il est quasiment impossible de domestiquer les araignées, la soie est ainsi créée en laboratoire à partir d’ADN de l’araignée. Elle serait très solide. Stella McCartney, avec le laboratoire Bolt Thread, a lancé dès 2017 une production de vêtements à base de soie d’araignée.

Robe Stella McCartney x Bolt Thread (Source : Bolt Thread)

  • La fibre d’orange permet de créer un tissu proche de la soie. En récupérant les peaux d’oranges issues de restes de l’industrie agro-alimentaire, l’entreprise italienne Orange Fiber utilise la cellulose de ces agrumes pour créer un fil soyeux.
  • La fibre de soja est également issue de déchets de l’industrie agro-alimentaire. Son toucher est plus doux que le lin ou le chanvre, faisant du soja une alternative intéressante à la soie.
  • En Asie, le lotus regagne petit à petit du terrain. La production reste très traditionnelle et localisée (Cambodge, Birmanie, Vietnam…), donc rare et très chère. Elle est restée respectueuse de la nature et permet de préserver un savoir-faire. Les fils sont extraits à la main des tiges du lotus.

Sources : 

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