Fast-fashion : les limites d’une mode jetable

Bon, c’est quoi le problème avec la fast-fashion ?  C’est vrai qu’au fond, c’est si facile d’aller acheter un nouveau pull chez Zara ou H&M.

La fast-fashion se caractérise par le renouvellement très rapide des collections de vêtements proposées à la vente (on parle de mode jetable), plusieurs fois par saison, voire plusieurs fois par mois à petit prix. L’objectif ? Nous inciter à acheter toujours plus. A titre d’exemple, Zara sort aujourd’hui 20 collections par an et on n’en compte pas moins de 16 pour H&M. C’est plus d’une par mois !

Mais comment les marques arrivent-elles à sortir constamment des nouveautés à des prix défiants toute concurrence ? En rognant sur les coûts !

Allez, on embarque pour un aperçu des pilliers de la fast-fashion (je vous préviens c’est pas jojo) :

Des matières premières peu coûteuses tu choisiras

Aujourd’hui, on peut classer les matières premières en 3 catégories : naturelles, artificielles et synthétiques. Chacune d’entre elles est le résultat d’un procédé (naturel, mécanique ou chimique) dont les impacts diffèrent.

Matières naturelles

Prenons les matières naturelles. La matière phare de l’industrie textile est le coton qui représente pas moins d’1/4 de la production mondiale des fibres (Source: Ademe). De nombreuses enseignes se targuent d’utiliser un pourcentage élevé de coton dans leurs produits. Mais qu’en est-il réellement ? Le coton est l’une des cultures les plus gourmandes en pesticides et en engrais au monde. A cela s’ajoute les besoins en eau – 70 douches pour produire un t-shirt / 285 douches pour un jean – l’équation est alarmante.

Matières artificielles

Si on s’intéresse aux matières artificielles, telles que la viscose ou le lyocell, celles-ci sont issues de matières naturelles (fibres de bambous, de hêtre, de maïs, etc.) mais ont subi un procédé de transformation chimique requérant des produits très toxiques pour l’environnement mais également pour les travailleurs et les personnes vivant à proximité des usines.

Matières synthétiques

Enfin, les matières synthétiques, qui pour la plupart (70% – Source: Ademe) sont des dérivés du pétrole, une ressource fossile, avec en numéro 1 le polyester. Au delà des procédés de production polluants, ces vêtements en matières synthétiques relâchent des microfibres plastiques à chaque lavage, tout au long de la durée de vie du produit. Aussi petits qu’un grain de riz, il s’agit de minuscules morceaux de plastique souvent invisibles à l’oeil nu. On estimait déjà en 2015 une production annuelle de 11 millions de tonnes de microplastique dont 35% serait une résultante du cycle de vie des produits textiles… (Source : Info Durable)

Les coûts de fabrication tu rogneras

Source : Publiceye

Des salaires de misères tu verseras

A la recherche d’une production à des coûts toujours plus compétitifs, les marques de la fast-fashion ont délocalisé leurs production vers des zones de production à bas coûts. Après la ruée vers l’Asie, avec des salaires moyens bien en deçà des salaires vitaux (salaire mensuel moyen au Bengladesh estimé à 85€ en 2019 vs. un salaire vital (c’est à dire nécessaire pour vivre) estimé à 260€ rien qu’en 2013), le nouvel Eldorado des marques de fast-fashion semble être l’Ethiopie avec un salaire mensuel moyen de 23€… A ceci s’ajoute des conditions de travail précaires et des droits humains bafoués. En 2013, l’effondrement du Rana Plaza a causé la mort de plus de 1 100 travailleurs et a mis sur le devant de la scène la responsabilité des marques de fast-fashion. Plus récemment, le scandale des Ouïghours montre qu’on est encore loin d’avoir des chaines de production transparentes…

Un joyeux cocktail de produits chimiques tu ajouteras

Les procédés de fabrication ne sont pas non plus très beaux à voir. Prenons par exemple, la teinture, procédé permettant de donner de jolies couleurs à nos habits préférés, mais également le résultat de produits chimiques dérivés chlorés, colorants azoïques, chlorobenzènes, phtalates, produits chimique perfluorés, etc. Un joyeux cocktail extrêmement nocif pour la santé des travailleurs, pour nous qui portons ensuite ces habits, mais aussi pour la vie maritime. De manière identique au microplastique, on retrouve ces substances dans les océans et 20% de la pollution des eaux serait imputables à la teinture et au traitement des vêtements selon l’Ademe.

Autre technique plébiscitée pour donner  un aspect délavé aux jeans, le sablage, une méthode abrasive qui permet par la projection de sable sous très haute pression de donner un aspect usé et délavé au jean.

www.ethique-sur-etiquette.org

Ce dernier est réalisé par des ouvriers, souvent dans des pièces sans aération. Le problème, c’est que le sable contient de la silice qui n’est pas dangereuse en soi mais peut provoquer de graves maladies dans le cas d’une exposition prolongée. La plus courante est la silicose, une maladie pulmonaire incurable. Mais alors quel avantage de cette technique par rapport à une autre ? Encore une fois son faible coût par rapport aux autres…

Des allers-retours tu feras et de l’argent tu économiseras

On estime qu’un t-shirt aura parcouru 40 000 km (c’est à dire une fois le tour de la terre) avant d’être vendu. Matières premières cultivées dans un pays A, tissées dans un pays B, teintes dans un pays C… Oui mais il est plus économique pour une marque de transporter les matières premières que de faire fabriquer les produits en Europe.

Quelques mois tu dureras et à la poubelle tu finiras

Comme les marques de fast-fashion ont « intelligemment » choisi les matières premières, des microparticules de nylon, polyester, élasthanne ou acrylique sont rejetées à chaque lavage… Sans oublier que certaines lessives mises en vente sur le marché peuvent être extrêmement nocives…

Enfin comme son nom l’indique, la « fast fashion » ou mode jetable n’est pas conçue pour durer. Les pièces vont rapidement devoir être changées ou à défaut c’est nous qui allons nous en lasser. Et alors là aussi, selon ce qu’on fait de notre pièce, l’impact ne sera pas le même. Il est estimé que seul 36% du gisement potentiel d’habits usagés ou non portés est collecté en France.

Mais alors que faire ? 

Entendons nous, il n’y a pas de production parfaite puisque le meilleur déchet reste évidemment celui qu’on ne produit pas. Mais en prenant le temps, en réfléchissant bien au besoin et à l’utilité de chacune des pièces que l’on veut acheter, déjà, on limite le risque qu’elle finisse au placard et qu’elle n’ait été produite pour rien. On privilégie la qualité à la quantité auprès de marques qui osent faire differemment (oui, ça coute plus cher – mais avez vous vraiment besoin de ces 5 t-shirts à 10€ ou 1 à 50€ qui durera plus longtemps ne suffit-il pas ?). On peut également s’appuyer sur des labels qui certifient les matières et méthodes de production (GOTS par exemple pour le coton bio). On se met à la seconde main, autant pour se procurer des habits que pour revendre les nôtres. On trie nos habits en fin de vie et on les chouchoute avec une lessive non-nocive pour l’environnement.

Vous me direz, pourquoi est-ce à nous de faire des efforts ? C’est aux marques de changer. C’est vrai, mais leur leitmotiv étant le profit à court terme, c’est pas demain la veille que 100% des collections des marques de textile seront bien pensées. Par contre, les marques s’adaptent aux besoins consommateurs, aussi si nous utilisons intelligemment chaque euro que nous dépensons, elles n’auront d’autres choix que d’initier le changement plus rapidement.

 

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4 commentaire

  1. […] Mais du coup on achète quoi finalement ? On achète une version low cost d’un modèle qui a bien marché le reste de l’année, c’est à dire un modèle conçu avec des matières premières de moins bonne qualité et/ou un modèle conçu dans des usines à moindre coût. Evidemment ces solutions ne sont pas sans conséquences et il y a bien quelqu’un qui paye au bout de la chaine, et croyez moi ce n’est pas la marque… (Clique ici pour un dossier spécial fast-fashion). […]

  2. […] un coût humain. (Pour en savoir plus sur l’impact de notre consommation, rendez-vous ici pour la fast-fashion et ici pour les […]

  3. […] proche de l’esclavagisme, du travail d’enfants, des abus sexuel, et j’en passe. (Ici pour un article sur les limites de la […]

  4. […] finalement toute la filière textile qui est gangrenée. En effet, avec l’essor de la fast-fashion, ou « mode jetable », les marques ont choisi la quantité à la qualité. Les vêtements que […]

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